21 février 2020
Étendre le spectre de la dysgraphie : une stratégie basée sur les données pour estimer la qualité de l’écriture manuscrite
Thibault Asselborn, Mateo Chapatte & Pierre Dillenbourg

Résumé

Cet article propose de nouvelles façons d’évaluer l’écriture manuscrite, une compétence essentielle dans le parcours scolaire de tout enfant. Traditionnellement, un test papier-crayon appelé le test BHK (Concise Evaluation Scale for Children’s Handwriting) est utilisé pour évaluer l’écriture manuscrite des enfants dans les pays francophones. Tout enfant ayant un score BHK supérieur à un certain seuil est diagnostiqué « dysgraphique », c’est-à-dire qu’il peut alors bénéficier d’une prise en charge financière pour un accompagnement thérapeutique. Nous avons précédemment développé une version du BHK pour les tablettes électroniques qui fournit des données riches sur la dynamique de l’écriture (accélération, pression, etc.). Le modèle sous-jacent a été entraîné sur des enfants dysgraphiques et non-dysgraphiques. Dans cette contribution, nous nous écartons du BHK original pour trois raisons.

Premièrement, dans ce cas, nous ne sommes pas intéressés par un résultat binaire mais plutôt par une échelle de difficultés d’écriture, des cas les plus légers aux plus sévères. Par conséquent, nous souhaitons calculer l’écart entre le score d’un enfant et le score moyen des enfants du même âge et du même sexe.

Deuxièmement, notre modèle analyse des caractéristiques dynamiques qui ne sont pas accessibles sur le papier ; le BHK est donc utile dans ce cas. L’utilisation de l’algorithme ACP (analyse en composantes principales) a permis de réduire l’ensemble des 53 caractéristiques de l’écriture manuscrite en trois dimensions, indépendantes du BHK. De plus, nous avons vérifié que, lorsque nous regroupons notre ensemble de données selon l’un de ces trois axes, nous pouvons détecter avec précision les enfants dysgraphiques.

Troisièmement, la dysgraphie est un concept général qui englobe une grande variété de difficultés d’écriture. Deux enfants ayant le même score global peuvent avoir des types de difficultés d’écriture totalement différents. Par exemple, un enfant peut appliquer une pression inégale sur le stylo, tandis qu’un autre peut avoir des difficultés à contrôler sa vitesse d’écriture.

Notre nouveau test fournit non seulement un score global, mais il inclut également quatre scores spécifiques pour la cinématique, la pression, l’inclinaison du stylo et les caractéristiques statiques (forme de la lettre). Le remplacement d’un score global par un profil plus détaillé permet de sélectionner des jeux de remédiation très spécifiques pour chaque profil.